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Les yeux d'Émilie

Être né quelque part

... pour celui qui est né, c'est toujours un hasard.

Imagine une seule seconde être né ailleurs qu'ici. Un ailleurs qui n'a pas toujours de démocratie, où les femmes ne votent parfois pas, où aucun système de santé ne te permet de n'avoir rien à débourser quand tu as une maladie grave. Un ailleurs où tu ne manges pas à ta faim, et où ce n'est pas l'exception. Un ailleurs où, quand tu as la gastro, ben tu vas travailler, parce que les arrêts de travail, ça n'existe pas.

Imagine. Déjà, rien que pour cela, on mesure la chance qu'on a d'être nés français.

Je sais de quoi je parle, je suis actuellement en procédure de licenciement économique, et j'ai de la chance, car en France, on peut bénéficier d'un truc qui s'appelle le CSP, et que tu peux accéder plus facilement à des formations si tu souhaites te réorienter. Vachement bien, la France, quand même.

Eh bien imagine maintenant, que, bien qu'ayant tout ce petit confort, on se retrouve en guerre.
Attention, hein, on triche pas, on parle d'une vraie guerre, la même que celle que vivent les habitants de la Syrie notamment. La guerre, tu sais, celle qui rase ta maison grâce aux missiles sol-air qui, sans faire exprès, ont loupé leurs cibles. La guerre, où, même avec ton métier hyper qualifié, intéressant et jadis bien payé, tu ne manges plus à ta faim. Celle où on viole les femmes et les fillettes. Celle où tu perds des membres de ta famille, tes amis.
La bonne grosse guerre quoi, un peu celle qu'ont vécue nos grands-parents, qui d'ailleurs nous l'ont bien racontée.

Tu décides de partir. L'exode. Tiens dis donc, comme celui que ma grand-mère m'avait raconté.
T'arrives dans un pays que tu crois merveilleux, accueillant, tolérant. Le temps que la guerre se termine, tu penses pouvoir y trouver un peu de compassion, de réconfort.
Là, on te fait passer pour de la sous-merde. T'es un médecin, une nounou, un chef d'entreprise, une employée qualifiée pour une entreprise délocalisée dans ton pays, en guerre, un infirmier, un commercial. Mais non, tout le monde te fait passer pour de la vermine, de la poussière.
On te déshumanise. Du coup tu comprends pas, toi t'es juste quelqu'un d'honnête, tu subis une guerre que t'as pas choisie. T'as forcément entendu parler de ces deux-trois connards qui sont présumés coupables de viols, tu les condamne, bien sûr, ils sont malades, comme il en existe malheureusement partout (mais bizarrement, les viols ne sont médiatisés que lorsqu'ils mettent en cause des réfugiés, on sait bien qu'il n'y a AUCUN viol commis par d'honnêtes gens de ce pays).
Tu n'as rien fait à ces gens, mais ils te détestent. En plus d'avoir perdu ta maison, tes racines, tu perds ton identité et ta dignité.

J'arrête ici la démonstration, je pense que vous avez compris. Gardez votre haine pour des choses qui en valent le coup, celle-ci ne sert à rien, sinon à vous ridiculiser.

Donnez-moi l'espoir d'y croire encore.

lab_eye