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Les yeux d'Émilie

Ma petite entreprise

...a connu la crise. Ceux qui suivent mes péripéties sur twitter savent que cela fait quelques mois que je suis au repos forcé.
Après 12 ans de bons et loyaux services, j'ai d'abord eu le droit au chômage technique pendant six mois (durée maximum légale), puis à un licenciement économique.
Quand j'ai choisi mon métier il y a une quinzaine d'années, je pensais naïvement que l'industrie pharmaceutique était un domaine où je ne rencontrerai jamais de problème de chômage.
Eh bien si. Pour plusieurs raisons.
La première, c'est évidemment que ces grosses multinationales (même si j'étais embauchée dans une PME de mon côté) sont d'abord faites pour gagner de l'argent. Et on utilise les mêmes moyens que dans le prêt-à-porter. On va produire à l'étranger. Ça coûte moins cher, et comme avec l'arrivée des génériques, on gagne beaucoup moins d'argent qu'avant, on trouve d'autres solutions pour la production.
La seconde, c'est l'image pourrie. Tu me diras, y'a bien des boulots qui ne jouissent pas d'une excellente réputation, mais quand tu bosses dans l'industrie pharma, notamment en visite médicale, c'est le pompon. C'est de ta faute le trou de la sécu, de ta faute les scandales sanitaires (même si tu bosses ni dans la société concernée ni dans la spécialité incriminée, d'ailleurs). Bref, tout le monde sait que c'est l'hôpital qui coûte le plus cher, passons.
La troisième, c'est la fac de médecine, où on explique aux étudiants médecins que ton métier ne sert à rien, qu'au mieux on est des gens sympa avec qui prendre ton café, qu'au pire on te fera perdre ton temps, et donc, ton argent. Qu'on est des grosses quiches en scientifique, qu'on n'a rien à t'apprendre. Du coup, les jeunes médecins choisissent dans la majeure partie des cas de ne pas nous recevoir.
Je comprends bien que la visite médicale des années 80-90 ait laissé une image désastreuse de notre boulot (gros cadeaux, voyages... interdits depuis la loi DMOS de 1994), mais nous faire passer pour des abrutis complètement débiles, c'est difficile à digérer.
Ou alors, peut-être qu'on ne nous reçoit plus, justement car on n'offre plus de systèmes informatiques ou de voyages aux Antilles ?
C'est dommage. J'ai vraiment adoré mon métier. Les médecins que j'ai rencontrés étaient pour la grande majorité passionnés, bienveillants et investis. Et j'ai même la certitude, sans prétention, de leur avoir souvent appris des choses.
C'est dommage, plus de 100000 emplois supprimés en quelques années. Dans un contexte compliqué en matière d'emploi, c'est vraiment du gâchis.
La réorientation, à laquelle je pense depuis mon chômage partiel total, me parait aujourd'hui une solution plus raisonnable et pérenne. Je n'ai pas envie de devoir traverser des PSE tous les deux ans. Quelle chance nous avons de vivre en France, ce pays qui nous permet, en cas de licenciement économique notamment, de bénéficier de formations. (même si à ce jour, je n'ai pas encore de certitudes sur l'acceptation de mon dossier, je préfère être positive)

Ce que je pense de plus en plus, c'est que notre génération devra s'adapter, et ne pourra probablement plus exercer le même métier toute sa vie.

lab_eye